C’est après un concert dans une salle pleine a craquer de Cergy que nous avons pu interviewer Disiz qui faisait l’ouverture du festival World of Words. Rappeur, Comédien et acteur Disiz a commencé à rapper il y a près de 20 ans, et a sorti en 2015 son dixième album. Il a su traverser brillamment les différentes époques et mouvement de la culture Hip-Hop et transcender plusieurs générations. Nous avons tous, petit ou grand, écouté du Disiz ou Disiz La Peste. Nous avons tous « pété les plombs », nous nous sommes tous pris pour des « bogoss » pour les morceaux les plus connus. Bref Disiz c’est des classiques, des textes auxquels on peut s’identifier quelque soit le milieu d’où l’on est issu, mais aussi des barres de rire.

Comment appréciez-vous votre carrière aujourd’hui ?

J’aime bien le choix du mot apprécier parce qu’il a deux sens :

On peut dire apprécier dans le sens aimer, ou alors dans le sens observer, analyser et je préfère ce deuxième choix plutôt que d’être dans l’autosatisfaction du genre « j’suis beau », même si je suis beau.

Ma seule petite fierté c’est d’être encore en vie artistiquement, j’ai encore un public et je suscite encore un peu de curiosité. Je pense que c’est, le plus important c’est le fait de durer.

Et comment arrivez-vous à vous renouveler ?

Je ne cherche pas la longévité, ce qui fait que je suis encore là c’est que je suis toujours entièrement sincère avec ce que je fais c’est-à-dire que c’est l’excitation et l’émulation en studio, la curiosité, l’envie et il n’y a jamais de cynisme. Par exemple tout à l’heure sur scène je disais que le morceau «Best day » qui était le single de l’album extralucide, c’était un son qui a été dur à faire parce que j’étais en studio on me disait « le buzz est là, il faut que t’aies un titre pour la radio » bref tout ce que je déteste dans la musique mais en même temps c’est ce qui nourris mes gosses, c’est ce qui fait que quand t’as un titre en radio il y a plus de gens qui viennent et tout. Donc c’est à toi de bien jauger la façon de faire. Et pour que je puisse faire ce son là je me suis inspiré du son de Biggie qui s’appelle Juicy. C’était un son qu’il ne voulait pas faire parce que c’était trop festif et tout. Puff Daddy lui a pris la tête, et du coup pour s’en sortir Biggie a raconté un vrai moment de sa vie, et dans le morceau « Best day » y’a des trucs un peu dur par lesquels je suis passé. Donc pour répondre à ta question je ne me renouvelle pas en fait j’essaye juste d’être le plus sincère, le plus authentique possible avec ma musique et pour l’instant ça porte ses fruits.

Quels sont vos inspirations musicales ?

Ça a été pendant longtemps, surtout quand j’étais adolescent du rap, parce que quand t’es adolescent t’es un peu couillon tu sais genre tu écoutes de la musique avec des chapelles genre « j’écoute que du rap » alors que en cachette j’écoutais un peu de rock aussi, au collège j’écoutais Gun’s N Roses. Mais je le disais pas frère.

Gun’s N Roses c’est du rock c’est du rock qui est quand même assez subversif, pour moi c’est un peu dans le même délire que le rap

Ouais mais je peux te garantir qu’à mon époque t’écoutais ça tu te faisais insulter, enfin les trucs de collégiens à deux balles tu vois et donc je me cachais, enfin j’écoutais en scred j’en parlais pas. Y’avait aussi Nirvana un petit peu. Moi j’ai toujours été curieux et donc j’écoute pleins de trucs. Mes influences aujourd’hui sont très larges.

Du coup, dans vos sons on ressent que vous avez fait du rap au rock en passant même pas la House avec rouge à lèvre, du coup c’est quoi la suite niveau influence musicales ? Avez-vous envie de rester dans le rap ou faire des truvs qui vont un peu partir en live ?

En fait l’album Rap Maschine il était vraiment rap je trouve, mais là je ne veux plus être dans ce que j’appelle « la psychologie de la validation » tu vois genre il faut que ce soit validé par ça ou je prend tel truc pour montrer que la musique allait dans ce sens là, que la prochaine étape c’est ça etc … Tu vois je veux plus être là-dedans et je bosse ma musique pure et simplement pure sur l’instinct primaire que me procure ce que je suis en train de faire. Donc vraiment musical musical et ne pas hésiter à faire avec « Peter Punk » mais j’étais trop complexé, trop mal à l’aise dans ce truc là. Le fait d’être passé par « Peter Punk » c’est que aujourd’hui je suis à l’aise pour le faire et donc ça ne sera pas rock. Ce sera plein de choses mais j’essaie vraiment de faire mon propre son. On avait commencé à le faire avec Dave avec ExtraLucide. Le morceau extra lucide tu vois c’est notre sonorité, c’est une autre sonorité. C’est pas Kanye West ou autre c’est vraiment notre son.

Pourquoi l’idée d’arrêter vous est passée par la tête et pourquoi l’idée de revenir vous est passée par la tête ?

Les deux ce sont des pulsions et des coups de tête sincère. C’est-à-dire que quand j’ai décidé d’arrêter je vivais une période relou et puis j’en avais marre de l’industrie du rap, des médias. Je m’étais planté sur deux, trois médias en télé, j’avais l’impression d’être dans de la vase. Musicalement, j’étais intéressé par d’autres choses, totalement par le rock et tout, mais je préméditais déjà le procès qu’on allait me faire. Pour toutes ces raisons là j’étais très amer très aigri et j’avais une profonde envie de me casser en fait. Donc c’est ce que j’ai fait et ensuite, je suis revenu environ deux ou trois ans plus tard. Il y avait déjà un manque d’argent mais ce n’est pas la seule raison, il y avait aussi un manque enfin ça me manquait. Je rap et je fais de la musique depuis que j’ai l’âge de 12 ans. C’est comme un joueur de foot qui arrête sa carrière un peu trop tôt qui voit les autres en train de jouer ils sont séléctionés en coupe du monde et tout et lui il se dit « wesh j’ai encore les jambes, je sais me placer sur le terrain et tout » j’avais un peu ce sentiment là. Et l’autre sentiment aussi c’est que j’avais muri, j’avais plus de recul et avant par exemple, j’avais un problème avec ce rapport artiste et public, parce que ton public c’est aussi ta clientèle et donc j’avais des espèces de gênes à dire « mon public » parce que je me disais que les gens pensaient « ouais mais le gars il me kiffe juste parce qu’on achète ses disques tu vois je me faisais souvent des procès un peu bizarre. Alors que tu peux aussi avoir des rapports sincère avec ton public. C’est ce que j’ai commencé à faire et avant de revenir, j’ai contacté des gens que j’ai vu sur internet, qui me suivaient sur mon blog je savait qu’ils m’appréciaient vraiment et j’ai cherché à les rencontrer pour savoir qu’est ce qu’ils appréciaient dans ma musique, qu’est ce que ma musique leurs avaient fait. Et là j’ai compris beaucoup de choses, et ça a été ma nourriture pour faire Lucide, Extralucide et Translucide. J’ai compris que les gens appréciaient chez moi quelque chose de naturel, de sincère. Je me suis dit ok c’est ça que j’aime faire en plus mais je ne savais pas que les gens m’aimaient pour ça, je me disais peut-être que les gens aiment parce que je fais un peu le con etc … Mais non, il y avait aussi des gens qui m’écoutaient pour mes paroles et ça m’a fait tellement de bien ça m’a donné la force de revenir. Et tout ce que je raconte dans un des morceau de l’EP Lucide, c’est un Frigo, un cœur et des couilles. Un frigo : j’ai besoin d’argent, un cœur : pour la relation avec mon public, et des couilles : maintenant je veux revenir comme je suis !

Si un jour l’envie de rapper manque Hop je reçois un coup de fil « c’est Disiz c’est reparti pour une deuxième trilogie », c’est ça que j’ai compris moi !

Non je ne pense pas que je referai une trilogie parce que je l’ai fait comme ça et je savais que j’allais décliner plusieurs trucs !

Avec du recul, que pensez-vous de la musique que vous faites aujourd’hui ? Y a-t-il des choses qui vous gênent ?

Non c’est plus dans ce que j’ai fait avant, mais après je ne regrette pas parce que à chaque fois ce que je faisais c’était avec sincérité. Il y a ce qu’on appelle le déterminisme c’est-à-dire que, en gros, tu es le produit de ton environnement. Sur mes premiers albums il y avait quelques clichés mais c’est normal parce que je n’avais pas voyagé, je n’avais pas lu autant de bouquin etc … je n’étais pas encore sorti de mon « moi, moi, moi ». Et donc aujoudr’hui je suis beaucoup plus épanoui, beaucoup plus accompli parce que je suis moins dans des codes de référencement, je suis beaucoup plus libre. Mais c’est normal ça va avec mon âge, avec le fait que j’ai fait 10 albums etc …

Quels étapes de ta vie ont fait que tu es passé de Disiz la Peste à Disiz d’avant à Disiz de maintenant ?

Tout d’abord, il faut savoir que le nom que je me suis trouvé tout seul c’est Disiz. C’est les gens avec qui j’ai travaillé après qui ont rajouté « La Peste », sans me dire en plus, sur le disque ils ont mis Disiz la Peste. Parce que j’avais un côté un peu taquin, j’ai été marqué au fer rouge en fait. Mais moi mon nom d’MC c’était Disiz. Et quand je suis revenu, je voulais enlevé La Peste parce que c’était un Sobriquet qui n’était pas le mien en fait, donc c’est comme si je m’étais réapproprier mon propre nom. Et pour les étapes au départ c’est juste par mimétisme en fait, il y avait les émissions rapline et toute cette culture là qui était émergente en France par le biais de NTM, Ministère Amère, IAM tous ces gens là donc par mimétisme j’ai voulu faire comme eux. Mais après c’est le regard que je portais sur le quartier, la tristesse des destins de mec de quartiers. J’ai vu pleins de destin fauché soit par des peines de prisons, l’alcool ou autre qui ont fait que je voulais comprendre, au-delà que d’être dans des rap « la misère etc … », réellement les mécanismes qui font que dans les quartiers populaires ou à la campagne, c’est beaucoup plus dur de vivre. Donc forcément le fait de m’imbiber d’autres choses, m’ont fait écrire d’autres choses. C’est ce qui a fait que je suis passé d’un rap basique à quelque chose de plus étoffé.

Quels sont les combats dans lesquels vous êtes engagé dans votre vie d’artiste ou même personnel ?

Le plus gros combat, ça va être une réponse un peu convenu, c’est le combat contre moi-même. Franchement l’époque à laquelle on vit, le monde dans lequel on vit c’est un drame. C’est-à-dire que te lever tous les jours et te dire que toi tout va bien etc … et qu’il y a des gens qui crèvent la dalle, moi c’est quelque chose si je reste focalisé sur ça, je deviens dépressif. Donc le combat c’est ne pas tomber là-dedans sans pour autant faire l’autruche et détourné le regard et faire comme si ces gens là n’existaient pas. Il est quotidien le combat par rapport à ça. Donc il y a l’engagement, je mets des guillemets, « dans mes textes », le fait porter ce regard là et d’essayer de. Il y a aussi après des actions qu’on fait, je suis parrain d’une association qui fait des maraudes dans Paris des fois je vais faire des maraudes avec eux. Mais c’est rien c’est une petite part, c’est ce qui me permet de ne pas me sentir profondément égoïste, ce que je ne pense pas être mais on l’est tous un petit peu.

Si t’avais le choix pour faire un feat avec un Artiste de ton choix (qu’il soit vivant ou mort) ce serait qui ?

Marvin Gaye ou Nina Simone ou je ferais un combo. Mais de toute façon je ne serais même pas là frère. Je ne pourrais même pas, je serai en studio en train de pleurer, t’imagine ?! Qu’est ce que je vais faire à côté d’eux ? Marvin Gaye c’est l’artiste qui me perce le cœur. Pourquoi ? Parce qu’il avait cette espèce de dualité justement, c’est un artiste tu voyais son combat avec ses démons intérieur et tout. Il y a même une pochette ou y’a lui habillé en ange et un autre lui en démon, et lui il est au milieu et ils font une partie d’échec. Mais Marvin Gaye j’ai lu toute sa vie, je suis un ouf de Marvin Gaye et Nina Simone pareil.

Est-ce que, à partir du moment où vous êtes sorti de la cabine d’enregistrement, où vous avez fait « J’pète les plombs », vous vous attendiez à un tel succès ?

Non pas du tout. A cette époque quand j’ai fait ce titre je travaillais au McDo, j’avais arrêté l’école. Je me suis inspiré d’un film qui s’appelle « Chute Libre » de Joël Schummarrer. J’ai vu le film j’ai pété un câble parce que c’est Michael Douglas qui pète un câble parce qu’il a des soucis avec sa femme etc, il est dans les bouchons il disjoncte sur la société et sur[G1] le système dans lequel on vit. Et ça m’a touché, j’étais déjà préoccupé par ces trucs là. Et donc j’ai repris un peu ce principe là surtout sur le premier couplet, je l’ai développé et j’ai fait un morceau qui s’appelle « j’pète les plombs ». Mais quand je l’ai fait c’était pour une mixtape, jamais de la vie je n’aurai pensé que ça aurait déclenché ça. C’est bourré de gros-mot, jamais j’aurai pensé que ce serait un titre que des petits de six, sept ans chantent à l’école. J’étais même gêné, j’avais honte.

Quel est votre avis sur le rap en ce moment ?

En France, pour moi il n’y a pas un rap d’aujourd’hui ou un rap d’hier. Je pense que le rap de la même manière que la musique française et tout ce qui concerne le divertissement est complexée vis-à-vis des anglo-saxons. Je parle en globalité, c’est-à-dire qu’il y a des individus en France qui ont quand même une personnalité je pense à Grems par exemple ou La Caution ou encore Le 4 Mains qui ont leur propre truc. Mais dans la globalité on attend que les américains fassent quelque chose pour faire quelque chose. Alors que tu regardes les jeunes des quartiers populaires qui font du RAP en France et tu regardes les anglais, ils font pas du rap, ils font du grime ou autre … Ils ont leur ADN propre et ils en ont rien à foutre des kainrys. Et c’est la même chose avec le rock, le rock anglais il regarde le rock américain il rigole. Il y a pleins de grands artistes on pense que c’est des américains mais c’est des anglais. Ils défoncent tout mais ils n’ont pas ce complexe d’infériorité que nous on a. Donc pour moi en France il n’y a pas de courant émergent de rap d’avant de style français, de nouvelle vague. Il y a juste des gens plus jeunes qui copient de la même manière que les anciens copiaient. Après on met quand même notre propre ADN, nos propres textes et tout mais on est quand même des complexés et moi je ne veux plus ça. Peter Punk c’était un premier truc, c’était maladroit et après j’ai continué et je cherche à faire mes propres trucs. Des fois y’a des petites traces encore de « ouais mais regarde Kanye West il a fait ça … » mais je ne veux pas de ça !

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer dans le rap ?

J’aime pas trop donner de conseil parce que il y a forcément de la condescendance. Et en plus pour moi il n’y a pas forcément de conseil en rap. Je pense qu’il faut être le plus sincère possible avec ses émotions. T’as une émotion tu la retranscris à travers une métaphore artistique sois la peinture, ou la littérature ou même la photo. Il faut faire passer ce qu’on ressent à travers le faisceau de l’art après chacun fait ce qu’il veut. C’est mon seul conseil.

Quel serait votre défaut préféré et la qualité que vous détestez ?

Je pense que mon défaut préféré c’est la gourmandise, parce que je suis quelqu’un de très gourmand mais je sais que c’est un défaut parce que ce n’est pas bon de trop manger, c’est pas bon pour la santé etc … mais c’est bon quand tu le fais. Et la qualité que je déteste c’est la constance et je la déteste parce que je n’arrive pas à l’avoir et pour moi c’est la plus puissante des vertus. C’est-à-dire tu as décidé quelque chose tu t’y tiens, tu vois l’hygiène de vie les bonnes résolutions toutes ces choses-là mais c’est tellement dur. Et c’est une des thématiques de mon prochaine album, on est jamais si bien trahit que par soi même.

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